mardi 17 novembre 2015

Encore un poème à rallonge

Quand la nuit devient bleu
d'une mélodie étoilée
pleine de désillusion
et d'amertume -
je cherche à boire
pour noyer le trop plein
qui me tenaille le cœur
et m'ulcère l'estomac
je marche dans les rues
sans but
juste pour laisser se dissiper
les tensions
les questions
à la recherche du bistrot
qui sauvera mon âme
et en même temps
la condamnera au supplice
de la gueule de bois
puisque tout reviendra
les tensions
les questions
sauf tes bras
dans lesquelles avant
je me noyais.

Pas même un jazz
pour balader ma misère
en chanson -
la nuit traîne comme un vieux moustique
et je regarde mon carré de lune
tel un Polaroïd de mélancolie
les yeux rougies,
larmoyant -

Mais voilà,
je n'ai même pas le courage
de t'oublier,
ne serait ce qu'un instant
dans un verre de bourbon
ou une bouteille de rouge
non
la nuit noir me sied à merveille
avec son lot de larme
de détresse sentimentale
et de colère à hurler
car après tout
c'est ce qui me fait écrire
et lutter contre la médiocrité
du monde
de son divertissement insoutenable
souvent dénuée de toute poésie
de toute vérité.
Parce que je suis distrait,
trop gentil,
parfois paresseux
maladroit
trop honnête
brouillon
ai pas confiance en moi
mais je sais écrire
je veux dire
je sais former des mots
les mettre bout à bout
faire des phrases
comme bon me semble
c'est simple
mais
c'est ce qui m'est parfois
le plus précieux.

Rivière d'une ballade

Nous avons le parc
Envahie par le dimanche
Traversé par la douceur d’octobre
Nous voyons au loin
Des fumées et les tours
Eiffel et Montparnasse
S’envoler vers le ciel
Peuplé de nuages dont
Tu dis « on dirait des barbes à papa » -
Ils sont ronds et roses.

Tout prêt au bord
Paris s’agite, nous l’avons vu,
L’impression d’être à un bout
Au centre –
Au long de la marche
Des tableaux prennent vie
Là des gens font du foot
Ici des jeunes femmes font de l’exercice
Et des jeunes garçons font la statue au bord
Des immeubles, encagoulés.

Le soleil se couche
Sous le pont grouille des yeux
De monstres fumant.

Dans le parc entre les arbres
Se glisse un saxophone, puis
Deux tam-tam,
Spectre d’une nuit qui s’annonce
Par l’arrivée du crépuscule.
Au loin, grand-père se meurt,
Il a décidé d’ouvrir la porte
Le soleil se couche
Nous passons sous les peupliers
Et je ne pleure pas.
La lumière du soir
Le fait pour moi.

La peur ma belle

Extérieur nuit -
nous promenions nos
gueules avinées
titubants sur les pavée
des rues de Tour
à la recherche d'un kebab
(c'est ce que j'avais prétexté
pour être seul avec toi)
nous étions tous les deux
inconnus de l'un et l'autre
il y a de ça trois jours.
-
A la lueur du temps
et de la poésie
loin de chez nous
et de nos repères
nous avons parlé -
je ne te comprenais pas bien
tu étais trop intelligente pour moi
qui réfléchissait avec mes tripes
et mon coeur
mais dans tes yeux
jaillissait la lumière
d'une douceur assassine.

Marchant sur les pavés
dans la nuit presque noir
devant des passants
que nous ne connaissions pas
bras dessus bras dessous
je t'ai rapproché de moi
et l'alcool a fait le reste :
nous nous sommes embrassés
dans un élan commun.

Tu m'as amené dans une ruelle
sombre emplie de gouttière
et au loin la lumière
de quelques fenêtres orphelines
nous regardait d'un air désapprobateur.
Désorientés
nous nous sommes enlacés plein de maladresse
comme démantibulé par un désir indécis
tu as pris la silhouette de mon sexe
dans ta main
j'ai caressé entre tes jambes
ton jean était serré comme une prison
et j'ai embrassé ce que tes vêtements
offrait de ta peau
« Vient, vient on va dans un hôtel
je veux que tu me baises »
as tu lancé essoufflée
« Non, non, tu es trop jeune
je ne peux pas te faire ça »
ais je rétorqué apeuré.

Toi, 17 ans, moi 23
tu avais eu sur ton corps
des hommes beaucoup plus vieux
j'avais eu sur le dos
des doutes bien trop anxieux
la peur ma belle
m'a fait reprendre la raison.

Qu'aurait été la couleur de tes poiles
l'odeur de ton sexe
la forme de tes seins
la douceur de ton ventre
la force de tes cuisses
qu'aurait été
je me pose encore la question
parfois comme un con.

Nous sommes revenu de notre fuite
sans kebabs
mais nourri de passion
rejoindre les autres sur les quais
nous a consolé dans d'autres bras
ceux de nos amis
frères et sœurs
de poésie
d'insouciance

Au bord du fleuve
tu as bien tenté de reprendre ma main
mais je l'ai fuis.

Je me souviens de cette nuit
lointaine, suffocante -
et tu es aussi loin
que ce souvenir nébuleux.
ce matin le chat miaule dans la cour,
il chante les échos
de ma solitude
et de ma mélancolie.

Sous les cîmes du silence

Je n'ai pas vu sous les roseaux
planer
l'ombre du doute
j'ai voulu partir
dans l'étreinte d'un soleil noir
j'ai gratté de mes ongles
presque éteints
l'écorce de notre amour
j'ai gratté
pour la sève
mais tout était sec
mais tout était dur
plus rien ne collait
comme jadis mon sperme
sur ton ventre
j'ai gratté seul sous les sapins
qui bruissaient sans rien dire
de leur grands yeux d'épine
peuplé par l'absence
même le temps ne fait plus son œuvre
ici bas -
comme un oiseau et son bec
j'ai finis par taper
dans le tronc
pour retrouver un battement
de ton cœur
mais tout était creux
tout avait disparu
il n'y avait plus que le noir
dont les teintes raisonnent
jusqu'à l'infinie.
Alors j'ai fini par prier
un dieu invisible
une force
ne serait que les rayons de lumières
qui m'aveuglaient
j'ai prié tout haut
puis aux mots pieux
se sont succéder les mots durs
et je n'ai plus prié -
étendu sous les cimes de la solitude
j'ai laissé mes sanglots
aux charognards
et profité du dernier et ultime silence -
celui qui dure pour toujours.

Poème qui ne va nulle part ailleurs qu'à une fin hasardeuse et incertaine, anecdotique et un peu boiteuse, un peu comme la vie va parfois, c'est-à-dire où ne sais où car personne n'en est revenu pour nous le dire.

Il pleut
eu
    eu
        eu
             eu
dehors, dans la rue,
à Paris
on est mardi
y a des étoiles sur le trottoir
à moins que ça ne soit
les reflets de la pluie et des réverbères
tout briiiiiiiiiiiille à nouveau
car tout était truste,
tout était traste
mais maintenant
Tout
s'en fout à nouveau.

Je sors du travail
et j'ai de l'aéro-
phagie
comme tous ces soirs
où je vais
chez ma psy -
quelle plaie.
Tout se remue
dans mon esprit,
surtout les mauvaises choses
les petites choses du quotidien
que j’essaie de régler
mais qui remplisse mon estomac
d'air fétide
en ma sautant à la gueule
sans prévenir
je les traîne comme des casseroles
qui bring bring bringuebalent
derrière mes pieds faignants.

Dans le métro
ce sont deux types qui rentrent
deux élégants jeunes hommes
et ils se trouvent qu'ils parlent portugais
et voilà qu'ils se mettent à chanter
sans élever la voix,
Girl from Ipanema
d'une voix douce et voluptueuse
comme du lait qui coulerait
dans une tasse de porcelaine -
je murmure avec eux
je n'avais rien entendu d'aussi pur
d'aussi beau
et d'aussi vrai depuis longtemps -
dommage qu'ils ne fassent pas la manche.

Puis je rentre,
soupe aux champignons
croûtons de pain
et madeleine
font mon dîner de solitude.
Je regarde une photo de toi,
tu es si simplement belle
je me souviens pourquoi tu m'as séduite
dans ta capuche de bleu
et tes collants de laine rouge
ta manière de rentrer tes genoux
et de mettre ta bouche en cul de poule.
Qu'est ce que j'irais foutre avec une femme
plus grande
avec des collants noirs
et des talons hauts,
si belle soit elle
aucune d'entre elle
ne serait foutu
de me mettre un doigt dans le cul
comme je les aime
alors que toi tu n'y a jamais rechigné
et l'as toujours fait avec amour
et tendresse.

Et je fais cuir de grosses saucisses dans la poêle
qui font jaillir de la graisse dans tous les sens
et le jazz sonne
et le jazz joue
doucement dans mon radeau
ce soir
je n'irais pas voir les femmes ligotées
je crois que j'ai fais le tour
des chattes virtuelles -
j'ai envie de revenir aux bases
de revenir à ton cul.

Noname

J'ai perdu de vue
le ciel horizontal
et arrêté
de rebondir sur ses nuages
je tourne la tête
sans que rien
ne trouve grâce à mes yeux
-
le soir est doux
silencieux
presque théâtral
et
les larmes du monde
me brûlent les paupières
-
Je n'ai parfois plus de poésie
dans le bide
juste des tourments
qui stagnent
et ma lâcheté
qui me fait me demander
« pourquoi les hommes ? »
-
Poètes du monde
vous parlerez tous
mieux que moi ce soir
avec joie ou tristesse
vos mots seront plus vivants
que les miens
car à force de ne pas brûler
d'un seul choix
je meurs à petits feux.

Volez où vous voudrez

On les entends
au loin
insectes sans aile
qui s'envolent furtivement
dans les airs

En meute ou solitaire
ils arpentent le bitume
et font raisonner leur cri
celui de la gomme sur l'asphalte
bruyant
comme un cri de révolte
contre la fin annoncée
leurs ondes font onduler la route
que nos aînés ont construite trop droite
et forcés à suivre

La terre est leur nid
là où le bitume fait des courbes
il tissent leurs arabesques
et font vriller
les aiguilles du compteur
ils tournent encore
et encore
et d'un saut
il récolte le nectar
de l'adrénaline
et des cris de joie

Qu'importe les traces
des chutes
qu'importe
l'essentiel est de voler
le plus longtemps possible
l'essentiel
est de continuer
à ESSAYER
de voler
encore et encore -
faire durer le moment
comme une nuit de fièvre et d'oubli
bercé par le jazz
à New York
ou où tu voudra
Eux savent
il n'y a pas de limite au bonheur
et
qu'importe l’atterrissage
...
il sera dur
dans tous les cas.