jeudi 28 janvier 2016

A propos d'un ami (discussion sur les planètes et autres mystères)

Je suis venu chez toi deux jours avant le départ.
Tu nous avais invités à manger
mais avec le préparatifs
on avait pas vraiment pu.
Le mardi, Carole se faisait tatouer en ville -
j'avais du temps à tuer,
j'avais tout l'après midi,
c'était une bonne occasion de te dire au revoir
avant un bon moment.
On s'était dit qu'on jouerait à la console.

Je savais que tu n'avais plus beaucoup d'argent
à peine assez pour la fin du mois
alors je suis passé faire des courses -
deux bouteilles de soda
et un paquet de trois saucissons,
les moins chères
(tu m'as pas surnommé le juif pour rien)
je savais que ça te ferait plaisir,
je commence à te connaître
quand même,
après 20 ans !

En sonnant chez toi,
- j'étais en avance -
tu m'as ouvert et on a fait une blague
sur le gars qui faisait le ménage.
Tu faisais le tient
et tu étais un peu contrarié de ne pas avoir pu le terminer.
T'as quand même passé le balais
et fais une partie de ta vaisselle.
Je me suis accroupi prêt du radiateur
et caressé le chat.



Après ça

J'ai enlevé mes chaussures et
nous sommes passés au salon.
j'ai vu que ça n'allait pas comme d'habitude
et en effet, le mois avait été dur
( des problèmes d'argent
et de propriétaire).
J'ai sorti les courses
et une figurine Star Wars
que je t'avais emmené
pour compléter ta collection.
T'étais comme un gosse
et j'adore te voir comme ça
(heureux quoi).
T'as avalé un des saucisson et
ça t'a redonné des couleurs
(t'étais tout de même un peu pâle)
et avalé deux verre de soda.

Nous avons joué à la console
et nous avons rit.
Puis nous avons fait une pause 
On parle du travail (c'est pas jojo)
et des filles 
puis nous avons commencé à parler des planètes
de l'espace et d'autres mystères de ce genre
(les extra terrestres)
Tu connaissais bien le sujet :
Le big bang,
l'origine de l'univers
les trous noirs
les étoiles
et les planètes.
C'est tout de même un putain de bordel
nous là, assis,
à faire des schémas avec une salière
et une poivrière
pour tenter de se représenter l'expansion
des galaxies.
Tout ça avec en fond sonore
le bruit émit par Saturne.
Le gros trip.

Il a fallu se dire au revoir.
Je suis sensé ne pas te revoir d'ici un an
alors j'ai fais un truc que j'ai toujours voulu faire
mais que je n'ai jamais osé,
avec toi :
je t'ai fais la bise.
Va savoir pourquoi
j'ai toujours cultivé cette distance avec toi -
question de virilité.
Bien sur
ça a été d'une maladresse embarrassante.

Je suis allé à la voiture
et j'ai fais demi-tour
pour te saluer à nouveau.
Tu l'as fait arrêter
et m'a demandé en me montrant les publicités
si je voulais de la lecture pour l'avion.
Quel con.
J'ai redémarré.

C'était pas rien de te dire au revoir.
Au croisement des deux rues
j'ai eu comme un haut le cœur
une boule dans la gorge
et j'ai failli chialer.
Cette histoire d'espace et d'univers
d'origine de l'homme
et de sens de la vie,
tout ça avait une résonance avec mon départ proche
et ça m'avait un peu retourné.

J'y ais longtemps pensé dans la soirée
et je n'étais pas tout à fait moi-même.

Quelques minutes avant de décoller
tu m'écris pour me dire que tes soucis d'argent
s’aggravent et que ta santé déraille un peu.
Je passe la porte d'embarquement
avec les larmes aux yeux.
Je me casse à 20 000 km d'ici,
j'ai l'impression d'abandonner un ami,
d'être un lâche -
je me sens impuissant.
Heureusement,
un autre ami commun est là pour veiller sur toi
et puis il y a ta fiancée bien sur,
donc j'essaie de ne pas me faire trop de souci.

Mais dans l'avion
voilà que ça me reprend.
Je me dis que j'aurais pu te faire plus de course l'autre fois,
t'acheter au moins ça, où ça,
où encore ça et
je m'en veux
et j'ai de nouveau envie de chialer
(quelle tarlouze, tu vas penser...)

Si nous ne sommes que des équations mathématiques
alors nous ne sommes pas seulement des inconnues,
mais un calcul complexe à résoudre -
et c'est le destin, la fatalité ou la chance
qui semble souvent s'en occuper.
 
Mais si tout ça nous échappe
(l'univers et tout et tout)
on peut au moins se serrer les coudes
dans tout ce merdier intergalactique
qui finira un jour ou l'autre
par nous exploser à la gueule.

Dans l'avion
je regarde un film appelé « Les deux amis ».

Je pense à toi.

Avion Paris-Dubai
Pour Bruce

lundi 25 janvier 2016

La croix

De l'autre côté
de la vitre du bus
qui est arrêté au feu rouge
le ciel métal
découpe dans son antre
une forme
de l'autre côté d'un mur.

C'est une croix de pierre
qui me rappelle
que nous ne sommes
pas encore
immortel.

Ah la vie (cette vieille maîtresse)

Ah la vie,
belle pute mélancolique

Regarde comme l'on tient à toi
à faire l'amour dans des draps
qui finissent
froissés, humides et puants

Regarde comme l'on s’évertue
à se faire du mal
à supporter malgré nous
des sales « au revoir » muet
aux creux de matin d'été poisseux

Regarde nous
nus sur une plage
où à l'arrière d'une vieille bagnole
Regarde comme l'on tombe
amoureux, en émois
de silhouettes d'abord inconnues
puis trop connues
puis déconvenues.

Regarde comme l'on danse
en secouant les cheveux
comme des fouets enragés
traversés par les ondes
à 120 décibels -
on essaie d'oublier demain
qui arrive toujours trop vite.

On te laisse nous prendre dans tes bras
bercer par tes mélodies -
regarde nous, tes enfants
parfois y en a un qui t'échappe
et qui tombe dans les abîmes sombres
de l'oubli.
Faut dire parfois
- j'ai pas de leçon à te donner -
mais t'es capricieuse,
t'es même une petit garce,
et ta frangine là,
avec sa grande faux
elle est pas toujours très tendre.

Mais t'es toujours là,
et tu nous rattrapes d'un bras tendre
et tu nous offre de beaux matin de printemps
avec du thé
dans de vieilles tasses
un peu cassées.

Ah la vie...

D'un nuage à l'autre, il naîtra un nouveau soleil

Le soir tombe sur le fleuve
et il se marbre de milles couleurs
comme un miroir du ciel -
milles couleuvres teintées
de jaune, de bleu et de pourpre
nagent dans les remous paisibles
de l'eau sombre.

Il y a une beauté
qui envahit mes yeux
et ce spectacle fait rebondir en moi
des courants contraires -
la tristesse entre en crue
et ce sont des larmes
qui coulent sur mes joues.

La lune est celle des loups-garous
énorme cercle orangé
plein de mystère -
elle appelle mon cœur
qui raisonne avec le tient
qui est assis à côté de moi dans l'habitacle
et tous les deux on va s'envoler
comme on s'était dit
d'un nuage à l'autre
vers le grand blanc
en laissant nos chrysalides
dans nos nids.

Il y a ces deux îles
de verdure et de montagne
entourées de mer
dans le lointain qui chante et
l'inconnu qui murmure
ce fil de bleu et de blanc
qui vapote au loin,
de ce pays
qui nous appelle
depuis un mois.

Nous sommes partis de la maison
il y a quelques instants,
après un long repas en famille.
Aujourd'hui je m'en vais
avec toujours les mêmes questions.
Longtemps, j'ai douté de l'amour de mon père.
Pourtant c'est lui qui nous a dit au revoir
en équilibre sur le trottoir
jusqu'à ce que la voiture sorte
de l'impasse.
Il nous a regardé partir pour de bon
en agitant la main au dessus de sa tête et
en prenant le virage à gauche
j'ai vu rapidement sa silhouette
passer dans le rétroviseur :
je crois
qu'il pleurait -

si je t'aime était aussi facile à dire,
ça se saurait.



Chronique de l'amour ordinaire (histoire de Elle et Lui)

Intérieur nuit
chambre d'enfance
de Elle
environ 22h30
après le film du soir
il font enfin l'amour
après quatre jours
sans faire toucher leurs corps nus.

L'angle droit du lit 
est dans le coin gauche
de la chambre -
c'est un clic-clac dont le matelas
fait souvent un écart
avec le mur.

Les murs sont recouverts
d'un lambris bois
et de quelques vieux posters.
Table de chevet à la gauche du lit
plusieurs choses dessus,
des capotes
du lubrifiant entre autre.
Je pourrais citer les deux gros livres
et la boîte à bijoux
mais c'est le sexe qui nous intéresse
dans ce poème.

Il donne des coups de reins
assez lents,
il est dans la position du missionnaire
et porte la couette sur le bas du dos
(elle l'accuse de toujours voler cette foutue couette
durant la nuit
ce qui est purement calomnieux.)

Il a la tête dans le creux
de son épaule à Elle -
elle sent bon
la sueur
et le parfum du matin
et dans ses mains
il malaxe un des seins.

Il commence à flancher
à ralentir la cadence,
ses pensées se perdent
dans le labyrinthe
d'obscurité
et de sommeil,
son sexe devient soudain morne
et il commence à se demander
quel est le sens de cet énième
coït -
quel est le sens de sa vie ?
Puisque l'alignement des planètes
lui échappe totalement
à quoi bon continuer ?

Le tout est de ne pas y penser
de se laisser hypnotiser
par la toile de fond
et il reprend de plus belle
ses va-et-vient
un peu nuls,
il a eu des soirs meilleurs
c'est une certitude -
d'ailleurs ça ne va pas beaucoup plus loin,
il jouit presque douloureusement
dans son ventre
et dans l'oreille
elle lui susurre des mots
pour le consoler
de sa tristesse
imaginaire.

Elle ne va pas forcément mieux
que Lui
mais à deux
ils se comprennent
et s'accompagnent
dans le chemin
qu'ils ont formé ensemble.

jeudi 21 janvier 2016

You want sex ? (Rêversion)

Tu as découvert un sein
de ton kimono de soie noir
et gris -
un gros sein dégoulinant
le long de tes côtes.

Ton souffle avait la saveur du café
du liégeois que tu venais d'avalé
ça sentait fort.

Je t'ai caressée
embrassée
malaxée
toute remuée
mais tu n'as pas bougé -
tu étais pareil à un bloc
de béton armé
sur le dock d'un port -
prête à partir.

Alors je me suis enfui
dans une compréhension lâche
celle où tu serres les poings
et la mâchoire
dans le noir.

N'entends tu pas que
nos souffles sont désaccordés
tu inspire une demi seconde
avant moi
j'expire une demi seconde
après toi.

Au matin
les draps étaient doux
j'ai regardé par la fenêtre
et en face
l'arbre était nu
et immobile
prêt à tomber
comme un vieillard
sans canne.

Tu es venu te coller contre moi
et t'as touché ma chatte nue
encore mouillée de la veille
« you want sex ? » 

Salope, ais-je pensé
mais j'ai mis mes cheveux longs derrière mes oreilles
je me suis gratté le ventre
et suis allé t'embrasser
en frottant ma chatte contre la tienne.

samedi 5 décembre 2015

Le monde cruel n'a pas de prise sur l'amour, cet enfant des cieux

Je navigue dans les allées
des grands magasins
sans désir
sans pensée parasite
-j'ai abandonné mon travail-
et
quelle est cette impression de vide ?
mes mains sont las
et mon cœur est sec
l'ennui creuse
des sillons
dans mes envies
et anéanti
dans l’œuf
toute création.

Plutôt que ma propre personnalité
Je porte d'avantage
sur mon dos
le regard et l'approbation
des autres
             - certains comptent plus que d'autres -
mais disons qu'une certaine idée
de la normalité
assaille de doute mes convictions d'anti-conformisme
si bien que je ne sais plus très bien
ce qui est bon ou non pour moi
et j'ai l'art de m'entourer
des deux types de personne
pour flatter mon ego
schizophrène -
tout
tout m'épuise
mais rien plus
que
de ne pas être certain
d'être pleinement moi-même
d'être un salaud qui se ment
un tricheur et un imposteur -
donnez moi une route je la prendrais
donnez moi un autre chemin,
j'en changerais.

Mais avant tout cela
je dois être un talentueux magicien
car à force d'être transparent
les gens finissent par m'applaudir -
et le vrai drame est que leurs applaudissements
ne me donnent pas plus de contenance.

Et dans ma complainte
il y a toi,
qui frétille sur le lit en attendant un câlin,
il y a ton bonheur qui je fais exister pleinement,
le creux de ton cou qui sent bon le parfum
comme une clairière illuminée
dans les embruns du printemps.
Et tu souris
et je viens dans tes bras.
Personne ne pourra
me voler ces moments
personne ne viendra
y coller ses principes
ses idées, ses critiques
là dans tes bras
il n'y a que ta joie
qui compte
et tous les choix
seront justifiés et justifiables
pour ces moments avec toi.

Les oiseaux noirs

C'est une ligne noire
épurée dans le ciel
un trait d'encre
qui s'ondule
se plie et de déplie
dans des variations infinies.

La ligne s'étire
puis se referme
un cercle sombre
qui tourne sans fin
dans un mouvement
de grâce
que seul la nature
peut offrir.

Sans logique apparente
il est impossible de deviner
la forme suivante
on ne peut que se laisser guider -
notre regard est esclave
de la beauté.

La ligne continue
sans jamais se perdre
et la signature de ces oiseaux noirs
se dessine
à l'horizon.

mardi 17 novembre 2015

Petite fille des étoiles

Petite fille des étoiles
posée sur la terre -
à l'orée de mon cœur
tu sens
la menthe sauvage
et la vanille.

Et je te respire
comme un forcené
aussi loin que mon souffle
peut aller -
capturer l'essence de ta beauté
quitte à perdre le souffle
quitte à m'étouffer
quitte à mourir
dans tes bras de velours.

J'avais pour habitude
de ne pas croire
mais tes yeux m'ont crier
le contraire
ton sourire m'a contraint
à l'abandon

Flotter dans les arabesques
de ton sourire
et dans l'horizon j'ai dessiné
tant de cœur avec mes mains
milles et un cadres pour ton visage si doux
la lueur éternelle
d'un amour sans fin -
dans tes yeux brille
l'infinie.

Tu lisais jadis seul
sous la mansarde et voilà
que moi avec mes gros sabots
je suis venu habiter ton âme -
saltimbanque en peau de chagrin
cherchant remède à son spleen
tu a tendu ta main vers moi
et m'a invité
dans la ronde

Petite fille des étoiles
sans rien nous dire
les flocon d'une histoire
ont commencé à tomber
et par miracle ils ont éclos
pour donner naissance
à la neige de notre amour. 

A Carole

Les lucioles

Cœurs en friche
qui hurlent
entre les buildings
mais personne n'entend
les petites mélodies
de chacun -
il y a déjà tant à écouter
chez soi.

De la fenêtre l'on voit
les tours Montparnasse et Eiffel
le voile de nuit
s'étend à l'horizon
volent volent les ennuis
volent les avions
choses dans la nuit
lucioles
ou bien méduses
bleutées
et translucides
avec des yeux rouges

Dans le rêve
de la nuit dernière
est apparu sans raison
le vieille orgue
de la grand mère
objet d'un temps passé
et bien révolu -
mais pas oublié.

Sur le pied de sa belle
une cicatrice s'étend
de la cheville
au milieu du mollet -
c'est très très beau

et les feux d'artifices en plein jour
explosent au dessus
de leur tête
comme leurs rêves
dont les débris
s'en vont couler
dans le fleuve
de la vie.

L'Odyssée

Bord à bord Ah !
au firmament de Cyracuse
j'ai vu des oiseaux parleurs
l'un d'eux m'a dit
qu'il ne fallait pas trop que je m'en fasse
concernant la vie
les mystères de l'existence
et tout le reste
- tout finit un jour -
par s'en aller à jamais.
A Casablanca
j'ai bu du thé à la menthe
et peint avec mes yeux
les ombres d'un vieux film
où des amants maudits
s'embrassent sur un pont
d'un baiser brûlant
qui contient tout l'amour du monde
"Adieu" lui dit il
" A Dieu ? Mais il n'existe pas !
Moi j'existe et je te veux avec moi
pour le restant de mes jours"
lui répondit elle.
Sur la mer du nord
j'ai dessiné un vieux rafiot
prit dans la tempête
et ressucité Mary Shelley
pour lui parler de la mort
"j'ai déjà donné" m'a t-elle dit
"mais si tu veux j'ai écrit là dessus"
Son histoire m'a fait l'effet
d'un vieux piano ivre
et d'un violon désacordé -
sombre
mais étrangement beau.
J'ai ressucité la Transylvanie
et dormi dans le cercueil de Dracula
au-delà des montagnes
il n'y avait rien que des mort
marchant encore
sur des lingots d'or.
Et je suis rentré
dans mon petit pays
avec toi mon amourdans notre jardin fleuri
ce carré de couleur
au couleur de la vie
et je me suis assis
au petit bureau
et j'ai raconté."


Chili con carne

Les plaques électriques chauffent
Chauffent
Et les oignons cuisent
Cuisent
Dans la poêle.
Reste la viande,
Le cumin
La tomate
Les haricots et le maïs.

Tu es encore nue sur le lit.

Après ça,
J’aurais sur mes doigts
l’odeur de ta chatte
Mélangé à tous les ingrédients
Du chili con carne.

Au bout du compte

Il s'agit au bout du compte
de rendre les feuilles vivantes
quand elles sont mortes -
de leur rendre une dignité
perdue sur les trottoirs
de Paris

Il s'agit au bout du compte
de vêtir la nuit
comme on habille une vieille maîtresse -
de sa plus belle parure
bleue et longue
et de l'amener dans les bars
boire
un vieux bourbon

Il s'agit au bout du compte
de parler à la lune
comme on parle à une vieille amie
un miroir complaisant
de voir un champ d'herbe
comme une solution au mystère du monde
de voir une rose
comme la personnification même
de notre amour

Il s'agit au bout du compte
de regarder les étoiles
comme des diamants maudits
tâchés du sang
de la mélancolie -
et de les regarder avec tendresse
quand vous pissez seul dans la nature endormie
tandis que la fête
bat son plein
plus loin
et que les gens n'ont pas remarqué votre absence

Il s'agit au bout du compte
de danser un peu plus que les autres
pour chasser les fantômes
qui se sont glissés dans vos placards
depuis le jour
où vous avez lu la définition
du mot tristesse
depuis le jour
où vous avez été amoureux
d'un être dont vous ne remplissiez pas
le champ de vision.

Il s'agit au bout du compte
de voir avec d'autres yeux
un monde derrière le monde
d'avoir une vie en plus
d'être fou par intermittence
d'avoir ces fulgurances de mot
qui arrivent en ras de marée
quand le monde déborde
de cette lumière éblouissante
que nous sommes les seuls à voir

Il s'agit au bout du compte
d'être appelé poète
parce que c'est le seul mot
qui existe pour nommer
ces pionniers
d'une vérité nébuleuse
profonde
et d'une beauté
sans cesse renouvelée
et qu'au bout du compte
on ignore tout -
jusqu'à l'origine
C'est pour cela
qu'il s'agit de creuser mot par mot
vers pas vers
poème
par
poème
ce chemin parcouru de bonheur éphémères
et sans autre fond
qu'une mort certaine.

Encore un poème à rallonge

Quand la nuit devient bleu
d'une mélodie étoilée
pleine de désillusion
et d'amertume -
je cherche à boire
pour noyer le trop plein
qui me tenaille le cœur
et m'ulcère l'estomac
je marche dans les rues
sans but
juste pour laisser se dissiper
les tensions
les questions
à la recherche du bistrot
qui sauvera mon âme
et en même temps
la condamnera au supplice
de la gueule de bois
puisque tout reviendra
les tensions
les questions
sauf tes bras
dans lesquelles avant
je me noyais.

Pas même un jazz
pour balader ma misère
en chanson -
la nuit traîne comme un vieux moustique
et je regarde mon carré de lune
tel un Polaroïd de mélancolie
les yeux rougies,
larmoyant -

Mais voilà,
je n'ai même pas le courage
de t'oublier,
ne serait ce qu'un instant
dans un verre de bourbon
ou une bouteille de rouge
non
la nuit noir me sied à merveille
avec son lot de larme
de détresse sentimentale
et de colère à hurler
car après tout
c'est ce qui me fait écrire
et lutter contre la médiocrité
du monde
de son divertissement insoutenable
souvent dénuée de toute poésie
de toute vérité.
Parce que je suis distrait,
trop gentil,
parfois paresseux
maladroit
trop honnête
brouillon
ai pas confiance en moi
mais je sais écrire
je veux dire
je sais former des mots
les mettre bout à bout
faire des phrases
comme bon me semble
c'est simple
mais
c'est ce qui m'est parfois
le plus précieux.

Rivière d'une ballade

Nous avons le parc
Envahie par le dimanche
Traversé par la douceur d’octobre
Nous voyons au loin
Des fumées et les tours
Eiffel et Montparnasse
S’envoler vers le ciel
Peuplé de nuages dont
Tu dis « on dirait des barbes à papa » -
Ils sont ronds et roses.

Tout prêt au bord
Paris s’agite, nous l’avons vu,
L’impression d’être à un bout
Au centre –
Au long de la marche
Des tableaux prennent vie
Là des gens font du foot
Ici des jeunes femmes font de l’exercice
Et des jeunes garçons font la statue au bord
Des immeubles, encagoulés.

Le soleil se couche
Sous le pont grouille des yeux
De monstres fumant.

Dans le parc entre les arbres
Se glisse un saxophone, puis
Deux tam-tam,
Spectre d’une nuit qui s’annonce
Par l’arrivée du crépuscule.
Au loin, grand-père se meurt,
Il a décidé d’ouvrir la porte
Le soleil se couche
Nous passons sous les peupliers
Et je ne pleure pas.
La lumière du soir
Le fait pour moi.

La peur ma belle

Extérieur nuit -
nous promenions nos
gueules avinées
titubants sur les pavée
des rues de Tour
à la recherche d'un kebab
(c'est ce que j'avais prétexté
pour être seul avec toi)
nous étions tous les deux
inconnus de l'un et l'autre
il y a de ça trois jours.
-
A la lueur du temps
et de la poésie
loin de chez nous
et de nos repères
nous avons parlé -
je ne te comprenais pas bien
tu étais trop intelligente pour moi
qui réfléchissait avec mes tripes
et mon coeur
mais dans tes yeux
jaillissait la lumière
d'une douceur assassine.

Marchant sur les pavés
dans la nuit presque noir
devant des passants
que nous ne connaissions pas
bras dessus bras dessous
je t'ai rapproché de moi
et l'alcool a fait le reste :
nous nous sommes embrassés
dans un élan commun.

Tu m'as amené dans une ruelle
sombre emplie de gouttière
et au loin la lumière
de quelques fenêtres orphelines
nous regardait d'un air désapprobateur.
Désorientés
nous nous sommes enlacés plein de maladresse
comme démantibulé par un désir indécis
tu as pris la silhouette de mon sexe
dans ta main
j'ai caressé entre tes jambes
ton jean était serré comme une prison
et j'ai embrassé ce que tes vêtements
offrait de ta peau
« Vient, vient on va dans un hôtel
je veux que tu me baises »
as tu lancé essoufflée
« Non, non, tu es trop jeune
je ne peux pas te faire ça »
ais je rétorqué apeuré.

Toi, 17 ans, moi 23
tu avais eu sur ton corps
des hommes beaucoup plus vieux
j'avais eu sur le dos
des doutes bien trop anxieux
la peur ma belle
m'a fait reprendre la raison.

Qu'aurait été la couleur de tes poiles
l'odeur de ton sexe
la forme de tes seins
la douceur de ton ventre
la force de tes cuisses
qu'aurait été
je me pose encore la question
parfois comme un con.

Nous sommes revenu de notre fuite
sans kebabs
mais nourri de passion
rejoindre les autres sur les quais
nous a consolé dans d'autres bras
ceux de nos amis
frères et sœurs
de poésie
d'insouciance

Au bord du fleuve
tu as bien tenté de reprendre ma main
mais je l'ai fuis.

Je me souviens de cette nuit
lointaine, suffocante -
et tu es aussi loin
que ce souvenir nébuleux.
ce matin le chat miaule dans la cour,
il chante les échos
de ma solitude
et de ma mélancolie.

Sous les cîmes du silence

Je n'ai pas vu sous les roseaux
planer
l'ombre du doute
j'ai voulu partir
dans l'étreinte d'un soleil noir
j'ai gratté de mes ongles
presque éteints
l'écorce de notre amour
j'ai gratté
pour la sève
mais tout était sec
mais tout était dur
plus rien ne collait
comme jadis mon sperme
sur ton ventre
j'ai gratté seul sous les sapins
qui bruissaient sans rien dire
de leur grands yeux d'épine
peuplé par l'absence
même le temps ne fait plus son œuvre
ici bas -
comme un oiseau et son bec
j'ai finis par taper
dans le tronc
pour retrouver un battement
de ton cœur
mais tout était creux
tout avait disparu
il n'y avait plus que le noir
dont les teintes raisonnent
jusqu'à l'infinie.
Alors j'ai fini par prier
un dieu invisible
une force
ne serait que les rayons de lumières
qui m'aveuglaient
j'ai prié tout haut
puis aux mots pieux
se sont succéder les mots durs
et je n'ai plus prié -
étendu sous les cimes de la solitude
j'ai laissé mes sanglots
aux charognards
et profité du dernier et ultime silence -
celui qui dure pour toujours.

Poème qui ne va nulle part ailleurs qu'à une fin hasardeuse et incertaine, anecdotique et un peu boiteuse, un peu comme la vie va parfois, c'est-à-dire où ne sais où car personne n'en est revenu pour nous le dire.

Il pleut
eu
    eu
        eu
             eu
dehors, dans la rue,
à Paris
on est mardi
y a des étoiles sur le trottoir
à moins que ça ne soit
les reflets de la pluie et des réverbères
tout briiiiiiiiiiiille à nouveau
car tout était truste,
tout était traste
mais maintenant
Tout
s'en fout à nouveau.

Je sors du travail
et j'ai de l'aéro-
phagie
comme tous ces soirs
où je vais
chez ma psy -
quelle plaie.
Tout se remue
dans mon esprit,
surtout les mauvaises choses
les petites choses du quotidien
que j’essaie de régler
mais qui remplisse mon estomac
d'air fétide
en ma sautant à la gueule
sans prévenir
je les traîne comme des casseroles
qui bring bring bringuebalent
derrière mes pieds faignants.

Dans le métro
ce sont deux types qui rentrent
deux élégants jeunes hommes
et ils se trouvent qu'ils parlent portugais
et voilà qu'ils se mettent à chanter
sans élever la voix,
Girl from Ipanema
d'une voix douce et voluptueuse
comme du lait qui coulerait
dans une tasse de porcelaine -
je murmure avec eux
je n'avais rien entendu d'aussi pur
d'aussi beau
et d'aussi vrai depuis longtemps -
dommage qu'ils ne fassent pas la manche.

Puis je rentre,
soupe aux champignons
croûtons de pain
et madeleine
font mon dîner de solitude.
Je regarde une photo de toi,
tu es si simplement belle
je me souviens pourquoi tu m'as séduite
dans ta capuche de bleu
et tes collants de laine rouge
ta manière de rentrer tes genoux
et de mettre ta bouche en cul de poule.
Qu'est ce que j'irais foutre avec une femme
plus grande
avec des collants noirs
et des talons hauts,
si belle soit elle
aucune d'entre elle
ne serait foutu
de me mettre un doigt dans le cul
comme je les aime
alors que toi tu n'y a jamais rechigné
et l'as toujours fait avec amour
et tendresse.

Et je fais cuir de grosses saucisses dans la poêle
qui font jaillir de la graisse dans tous les sens
et le jazz sonne
et le jazz joue
doucement dans mon radeau
ce soir
je n'irais pas voir les femmes ligotées
je crois que j'ai fais le tour
des chattes virtuelles -
j'ai envie de revenir aux bases
de revenir à ton cul.

Noname

J'ai perdu de vue
le ciel horizontal
et arrêté
de rebondir sur ses nuages
je tourne la tête
sans que rien
ne trouve grâce à mes yeux
-
le soir est doux
silencieux
presque théâtral
et
les larmes du monde
me brûlent les paupières
-
Je n'ai parfois plus de poésie
dans le bide
juste des tourments
qui stagnent
et ma lâcheté
qui me fait me demander
« pourquoi les hommes ? »
-
Poètes du monde
vous parlerez tous
mieux que moi ce soir
avec joie ou tristesse
vos mots seront plus vivants
que les miens
car à force de ne pas brûler
d'un seul choix
je meurs à petits feux.

Volez où vous voudrez

On les entends
au loin
insectes sans aile
qui s'envolent furtivement
dans les airs

En meute ou solitaire
ils arpentent le bitume
et font raisonner leur cri
celui de la gomme sur l'asphalte
bruyant
comme un cri de révolte
contre la fin annoncée
leurs ondes font onduler la route
que nos aînés ont construite trop droite
et forcés à suivre

La terre est leur nid
là où le bitume fait des courbes
il tissent leurs arabesques
et font vriller
les aiguilles du compteur
ils tournent encore
et encore
et d'un saut
il récolte le nectar
de l'adrénaline
et des cris de joie

Qu'importe les traces
des chutes
qu'importe
l'essentiel est de voler
le plus longtemps possible
l'essentiel
est de continuer
à ESSAYER
de voler
encore et encore -
faire durer le moment
comme une nuit de fièvre et d'oubli
bercé par le jazz
à New York
ou où tu voudra
Eux savent
il n'y a pas de limite au bonheur
et
qu'importe l’atterrissage
...
il sera dur
dans tous les cas.